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dices everywhere, des dés, du fun, des jeux

blog dédié aux JEUX DE RÔLE "OLD SCHOOL" et plus récents : AD&D 1st ed., 0D&D, Labyrinth Lord, Swords & Wizardry, OSRIC, Savage Worlds

Vornheim

Publié le 11 Octobre 2012 par olivier rousselin in 3. JDR OLD-SCHOOL, RETROGAMING

Si vous aussi, vous suivez l'actualité de l'OSR ("Old School Renaissance"), nul doute que vous avez entendu parler de Lamentations of the Flame Princess. Ce petit JDR édité au format boîte, au ton résolument mature et "adulte" (comprenez "horrifique et saupoudré d'érotisme"), conçu par un auteur finlandais passionné, James Edward Raggi IV.

Par le biais d'Internet, Raggi s'était lié d'amitié avec Zak Smith, le blogger fou et prolixe du site américain DnD with pornstars. Ces deux-là se sont tellement bien entendus que le premier commanda au second un sourcebook qui soit aussi une "boite à outils" truffée d'aides de jeu, pour mener des campagnes urbaines.

 

Ainsi naquit Vornheim.

 

Vornheim-00.jpg

 

"Vornheim", le livre, c'est à la fois :

- la description de la cité du même nom, décor de la campagne filmée qu'il mèna pendant plusieurs mois et retransmise sur le site US The Escapist sous le titre " I hit it with my axe" ;

- et une compilation d'aides de jeu (nouveaux monstres, sorts, tables aléatoires de toutes sortes et idées diverses) conçues pour aider le MJ dans l'improvisation de ses scénarios urbains. 


Epatant à plus d’un titre, l’ouvrage surprend d’abord par sa forme, luxueuse : un petit livre, format A5, peu épais, mais présenté sous couverture rigide, elle-même accompagné d’une couverture plastifiée imprimée recto-verso (photos ci-dessous).

 

Le recto comporte les première, deuxième, troisième et quatrième de couverture.

Vornheim-03.jpg

 

 

Le verso, lui, présente une carte en couleurs de la cité. Celle-ci donne immédiatement le ton. Allégorique, dépourvue d'échelle, de noms, elle évoque un assemblage urbain cauchemardesque et chaotique. En vérité, Vornheim, la ville, a été conçue par son auteur comme un gigantesque donjon urbain. Et celà se sent ! 

Vornheim-08.jpg

 

 

Que dire du contenu ? Artiste plasticien, Zak Smith s’est chargé de toutes les illustrations et le moins que l’on puisse dire et que son style est très personnel. Disons que nous sommes là très loin du style hybride "manga+comics" qui caractérise les productions américaines comme D&D 4 ou Pathfinder… Personnellement, je trouve la démarche plaisante et originale     (question de goûts bien entendu). 

 

Mais c’est la lecture des textes qui nous emmène vraiment ailleurs.

 

En effet, le livre regorge d’idées étranges, bizarres. Quelques exemples :

Dans Vornheim, les peaux de reptiles peuvent-elles être lues comme des livres, celles des dragons et des hydres étant les plus prisées (ce sont des livres de sorts !) ;

Les elfes du Nord ont la peau blanche et des dents pointues ;

Un zoo magique contenant toutes sortes de monstres rendus immortels, se trouve caché quelque part dans la ville (mais personne ne sait où) ;

Eshrigel, une méduse, est l'une des personnes nobles les plus puissantes et influentes de Vornheim. Vivant au grand jour (sa demeure a pignon sur rue), ses pouvoirs et ses intrigues en font une des personnalités les plus influentes (et les plus craintes) de la Cité. 

 Il existe toutes sortes de festivités et de rituels bizarres, censés conjurer le mauvais oeil. Par exemple, maudire le soleil chaque matin, pour apaiser les dieux des étoiles et de la Lune ( !?).

Le dieu tutélaire de la Cité est Vorn, "Dieu du Fer, de la Rouille et de la Pluie"… Tout un programme !

Je n’ai même pas dévoilé le vingtième de ce qu’il y a dans ce petit livre à la richesse déroutante. Ses 64 pages regorgent d'informations. C'est écrit tout petit. Il y a des idées à chaque page. Et on en redemande ! C'est d'ailleurs le seul défaut que je lui trouve : le livre est trop court. Le double de pages m'aurait ravi.  

 

Vornheim 07

 

 

La cité elle-même, git quelque part, perdue au nord d’immensités glacées.

C'est un endroit tordu, où la magie (comprenez : les sortilèges lancés au grand jour) demeure rare mais où le surnaturel est, lui, omniprésent. Paradoxal ? Oui mais c'est voulu.

Ses habitants superstitieux, ses nobles décadents, vivent sous la férule de régents corrompus qui ont passé au fil des siècles toutes sortes de pactes avec des entités surnaturelles. Ce sont ces pactes successifs qui ont imprégné la ville de magie noire, malgré elle, à la manière d’un Silent Hill médiéval-fantastique.

D’aillleurs, peut-être existe-t-il une face cachée à Vornheim ? Un reflet négatif de la ville, résolument hostile et situé sur un plan parallèle (les Enfers ? Hadès ? Autre chose ??). Ou peut-être pas. Car la décision finale VOUS reviendra cher MJ. Chose rare, en effet, de nombreux éléments du jeu ne sont pas définis. Ce sera à vous et à vos joueurs de découvrir/construire ensemble Vornheim, au fur et à mesure de vos parties.

Comprenez bien que RIEN n'est figé dans le marbre. Vornheim la cité, est ce que VOUS voudrez bien en faire.

 

Vornheim-06.jpg

 

 

Les descriptions, courtes mais réussies, convoquent toutes sortes d’images macabres, bizarres et/ou grotesques. On pense pêle-mêle aux créatures monstrueuses de Benicio Del Toro (Hellboy I et II, le Labyrinthe de Pan), aux univers gothiques de Tim Burton, aux délires oniriques du Michael Moorcock des seventies (Elric et consorts), au Lankhmar de Fritz Leiber, aux personnages bargeots qui peuplent le Disque-Monde de Terry Pratchett… Enfin, côté JDR, impossible de lire Vornheim sans songer à Planescape et à Sigil, sa célèbre cité à la croisée des plans.

 

Les fans de fantasy classique et archétypale à la Dragonlance seront fortement surpris par cet univers iconoclaste et insaisissable. Peut-être même incommodés ? Après tout, esclavage, fêtes et débauches, rituels sanglants et monstres effrayants sont monnaie courante. Les autres se réjouiront de cette création haute en couleurs, dépaysante et exotique.

 

 

Pour moi, c'est un chef-d'oeuvre. VORNHEIM est la démonstration éclatante de  ce qu’il est possible de faire avec (beaucoup) d’imagination.

 

Car oui, on peut faire du méd-fan ultra-classique avec D&D. Ed Greenwood l’a amplement démontré avec ses Royaumes Oubliés, ses nains sur le déclin et ses elfes mélancoliques qui s'en vont en exil (merci monsieur Tolkien).

Mais il est possible aussi de faire autre chose avec D&D. D’emmener les joueurs ailleurs, vers des Terres plus étranges. De pousser le jeu dans ses retranchements.

Zak Smith le démontre avec brio et nous ne pouvons qu'espérer qu'il récidive prochainement.

 

Sur ce...

 

 

... BONNE LECTURE A TOUS ET BONS JEUX ! 

 

Vornheim-02.jpg

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