6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 16:03
Les Errants d'Ukiyo

Longtemps, le Japon féodal en JDR m'a semblé un idéal ludique inaccessible. Un univers trop complexe, trop codifié, trop riche, nécessitant une tonne de travail en amont : recherches, prises de note, synthèses, briefing des joueurs, règles spécifiques à maîtriser sur le Ki, sur l'honneur... La galère !

 

Pour moi, c'était là un univers inaccessible, réservé aux spécialistes, parce que demandant un investissement et des connaissances non-négligeables.

 

Et des jeux comme Bushido et Sengoku me semblaient aussi ardus à maîtriser qu'un Empire of the Petal Throne, par exemple, ou un Runequest dans le monde ultra-détaillé de Glorantha.

 

Tout ça, c'était jusqu'à ce que paraisse les errants d'Ukiyo.

 

 

 

I. LE JAPON MEDIEVAL POUR LES NULS :

 

Petit livre au format A5, bien dense (144 pages), riche et complet, les errants d'Ukiyo est un JDRA remarqué puis édité professionnellement par les éditions Icare.

 

Vendu moins de vingt euros, c'est à mon humble avis un excellent jeu,  complet (avec règles, description de l'univers, bestiaire, idées de scénario)  et un remarquable ouvrage de vulgarisation. Car en effet, les errants d'Ukiyo met à la portée du joueur moyen l'univers  ô combien exotique et étrange des samouraï et autres ninjas. Il nous le rend proche et accessible. Comment ? Par le biais du cinéma de genre.

 

En effet, les errants d'Ukiyo n'entend pas être une simulation historique précise et "réaliste" du Japon médiéval. Loin s'en faut. Ce que le jeu cherche à émuler, c'est l'ambiance des films de genre. Plus précisément, celle des chambara des années 70. Ces films de série B (voire Z) produits en masse par les grands studios locaux : la Toho, la Daiei, Shochiku...

 

II. CINEMA DE LA COLERE :

 

Historiquement, le genre existe au cinéma depuis les années 20. Mais au tournant des années 60, il se radicalise et devient plus sombre, plus cynique, plus amer. Cette évolution pessimiste correspond à la période de contestation et de crise politique qui secouait le monde entier, y compris le pays du Soleil Levant (voir à ce sujet le film "United Red Army").

 

Nous avons donc un genre cinématographique très populaire (le chambara) avec ses mythes, ses codes et disons-le, sa naïveté, qui se heurte de plein fouet à une réalité sociale et politique beaucoup plus sombre, plus pessimiste. Un genre bousculé par des réalisateurs anti-conformistes et radicaux.

 

D'ailleurs, de nombreux cinéphiles ont relevé les nombreux points communs du chambara avec le western spaghetti (qui lui aussi, connaîtra son heure de gloire dans les années 60-70).

D'un point de vue thématique, il y a dans les deux genres la même désacralisation du héros typique (samouraï des chambarra, cow-boy des western). La même description de personnages dépassés par l'évolution du monde, devenus des antiquités et des parias malgré eux. La même vision sordide d'une société en déclin.

D'un point de vue cinématographique, on notera des excès similaires dans la mise en scène de la violence et de l'érotisme. La même approche crépusculaire. Car tandis que les cow-boys des westerns spaghetti sont crasseux et couverts de poussière, les héros des chambara  (samouraï, ronin et bandits) tout aussi crasseux, s'affrontent dans la boue.

 

 

III. STORYTELLING ?

 

En choisissant de retranscrire l'ambiance si particulière de ces films, Vivien Faésson, l'auteur, romp ouvertement avec une approche "historicisante" de l'univers.

 

Le jeu a plus à voir avec Extreme Vengeance (jouer dans l'esprit des films d'action des années 80) ou Brain Soda (jouer dans l'esprit des films d'horreur de série Z) qu'avec Bushido ou engoku. Excellent !

 

 

Il nous épargne l'apprentissage long et complexe des innombrables détails de la société et de la vie quotidienne pour mieux brosser un tableau d'ensemble, volontiers générique et simplifié. Il va même jusqu'à opter délibérément pour les "francisations" approximatives de noms nippons plutôt que leurs noms originaux.

Enfin, il privilégié l'ambiance à la précision et/ou à l'exhaustivité des informations.

 

Dans cette optique "narrativiste" (ça y est ! le mot est lâché), le jeu utilise des règles simples (mais pas simpliste), à base de techniques, qui met l'accent sur la description des actions entreprises. Je n'ai pas encore testé le jeu, mais à priori, le système se tient. Il est imagé, efficace, couvre une multitude d'actions possibles et de nombreuses options de jeu ont été envisagées pour corser l'action.

 

Je l'ai déjà écrit, je le répète, le jeu est complet. Le background et l'ambiance sont présents tout au long du jeu. Ils bénéficient notamment de deux gros chapitres (pages 89 à 133). Le tout est très bien écrit, dans un style simple et clair, très agréable. Là encore, l'auteur ne cherche pas à épater la galerie ou à étaler sa culture, mais plutôt à transmettre le maximum d'informations et d'idées en un minimum de mots. Une concision bienvenue.

 

 

IV. ET APRES ?

 

 

Tout n'est pas idéal cependant. Tout d'abord, la partie "inspirations" laisse le néophyte franchement sur sa faim. Une dizaine de films référentiels sont cités et puis c'est tout ! Alors que le genre bénéficie d'une filmographie conséquente. Sans oublier les nombreux mangas traduits en français. Là, j'aurais aimé que l'auteur poursuive son travail de présentation/recensement des oeuvres existantes. Pour un "Zatoïchi" ou un "Baby Cart", combien d'oeuvres méconnues du grand public (dont je fais partie) et tout aussi intéressantes à voir/lire.

 

Autre gros défaut du jeu : l'absence d'aides de jeux et de suivi. Que ce soit sur le net ou en boutique, il n'y a pratiquement rien sur les errants d'Ukiyo. Pas de scénarios ni de campagnes. Pas de PNJ tous prêts ni de lieux soigneusement décrits. Pas d'écran du MJ... La loose !

 

Heureusement, il existe d'autres jeux de rôle basés sur le Japon féodal et dont les aides de jeux peuvent être reprises telles quelles (prévoir un minimum d'adaptation pour les scénarios). Plans, cartes, scénarios, infos sur la vie quotidienne...J'ai même trouvé un traité d'herboristerie de 46 pages, originalement prévu pour L5R !!

 

Sur le seul site de la scénariothèque, on pourra ainsi piller/récupérer/Détourner des aides de jeu pour

- Bushido ;

- le Livre des Cinq Anneaux ;

- Sengoku ;

- Usagi Yojimbo.

 

La plupart de ces jeux étant américains,il doit être possible de trouver d'autres aides de jeu cette fois en anglais.

 

De plus, le contexte historique ouvre le champ des possibles : il existe pléthore de livres d'histoire, romans, essais sur la période du, sur le Japon féodal, sur les traditions martiales des samouraï... et aussi, bien entendu, sur le cinéma de genre japonais.

 

Avec un peu de pratique, Internet de dénicher toutes sortes de documents intéressants. Un exemple ? ICI.

 Sans parler des images, photos, dessins, dont la force d'évocation valent toutes les descriptions.  A vos moteurs de recherche !

 

 

POUR CONCLURE :

 

 

J'ai adoré lire les Errants d'Ukiyo et j'ai hâte d'y jouer. D'ores et déjà, je me suis amusé à créer quelques personnages bien sympas et j'espère pouvoir le tester prochainement. Il ne me reste plus qu'à parfaire ma connaissance du genre en regardant quelques uns des chefs-d'oeuvres du genre (à moi, l'intégrale "Baby Cart" !). Ne passez pas à côté de ce petit jeu, très bien écrit et proposant un cadre de jeu original.

 

BONS JEUX A TOUS ET A TOUTES

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

 

SUR LE JEU :

 

Découvrez la fiche du GROG : http://www.legrog.org/jeux/errants-d-ukiyo

 

Sur le site de l'éditieur, découvrez le jeu, téléchargez la feuille de perso et  la "preview" du jeu (11 pages).

 

Visitez le blog de Vivien Féasson : mangelune. Au passage, hop ! Une séance d'auto-promotion pour le jeu.

 

Idem pour Magister Dixit, le blog de Yann Liéby, l'illustrateur (talentueux) du jeu. Là aussi, promo ! :)

 

D'autres critiques du jeu ?

 

 

 

SUR LE GENRE :

 

Pour les néophytes comme moi, commençons par une rapide définition du genre sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chanbara. Une présentation plus pointue du genre http://japonline.free.fr/Chambara-general.htm sur le site japonline.free.fr

 

Puis entrons dans le vif du sujet avec le site http://www.chambara.com/ (en anglais)

 

Quelques sites (en français) à visiter :

D'autres existent, à vous de les trouver !

 

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commentaires

Trocero 07/04/2013

Il me semble avoir vu également que Tenga était associé aux sextoys lol. La première fois que j'ai fais mes recherche en tapant Tenga simplement je suis tombé dessus. Du coup maintenant je tape Tenga jdr lol.

Sinon une autre petite parenthèse sur le Japon. Alors ce n'est pas le Japon féodal, mais je l'ai trouvé sympa également. Ce week end à mon association de jeux de rôles j'ai fait une partie pour la première fois de Kuro.

C'est un jdr sur les films d'horreur japonais dans un cadre futuriste cyberpunk qui me fait penser à Blade Runner et Minority Report.

olivier rousselin 08/04/2013

Oui, Kuro, je connais ! J'ai eu l'occasion de le tester moi aussi en convention, il y a looooongtemps et j'en garde un très bon souvenir.

C'est un excellent crossover entre horreur japonaise à la Ring et SF cyberpunk "réaliste" (je veux dire, crédible. On est très loin des délires de Cyberpunk 2020, par exemple).


Perso, j'avais envisagé pendant un temps d'y jouer une campagne polar avant l'incident Kuro (donc, sans le surnaturel) avec des PJ flics aux prises avec les Yakuza. Mais le somme de travail en amont (pour que ça se tienne) et ma méconnaissance du Japon m'en ont dissuadé. Trop de boulot à fournir et je n'étais pas sûr que mes joueurs auraient suivi de toute façon. Lol ! C'est la vie !

;)

dr dandy 09/04/2013

J'ai eu la chance de jouer aux Errants avant de le lire.
J'ai passé un excellent moment et le système tiens bien la route. L'appropriation de l'univers est très facile car même pour ceux qui n'ont pas vu de films Chambara il suffit de leur dire que c'est du western spaghetti avec des sabres. Ca marche!
Un reproche tout de même. Le livre est très didactique, un peu trop. Je me suis ennuyé à la lecture car il manque l'énergie et le fun typique du jeu.
Le côté free-form peut aussi rebuter (même si je trouve çà cool) si les joueurs n'ont pas trop d'idées de technique.

olivier rousselin 09/04/2013

Bizarre, moi la lecture du bouquin m'a donné envie de le faire jouer. J'ai adoré le style d'écriture de Vivien Faésson : court, limpide, clair, sans fioritures ni remplissage inutile (je hais les nouvelles d'ambiance mal écrites qui prennent 5-10 pages du bouquin pour rien. Ici, il n'y en a pas, ouf !).

Comme on dit, "les goûts et les couleurs"...

;)

En tout cas, j'ai hâte de le tester à mon tour !

:D

Vivien Feasson 16/04/2013

Merci pour le billet ! Très content que le jeu te plaise et le style aussi (j'avais un peu peur que la recherche de la concision finisse par rendre le tout aride, il a eu cet effet sur Dr Dandy).

La remarque sur le manque de contenu n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd, dès que j'ai un peu de temps pour moi j'essaie d'ajouter 2-3 aides de jeu et autres scénarios.

J'espère que tu auras l'occasion de tester et que ça se passera bien !

Vivien Feasson (oui l'éditeur a fait une faute à mon nom... sic...)

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