Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
dices everywhere, des dés, du fun, des jeux

blog dédié aux JEUX DE RÔLE "OLD SCHOOL" et plus récents : AD&D 1st ed., 0D&D, Labyrinth Lord, Swords & Wizardry, OSRIC, Savage Worlds

Dog Town RPG, le JDR Noir et impitoyable

Publié le 19 Août 2012 par olivier rousselin in 2. JDR GRATUITS : LES JDRA

Fans d’univers sombres et sans pitié, vous pensiez avoir tout vu ? Tout joué ? Interprété des monstres assoiffés de sang dans Vampires. Des porteurs d'armes manipulés par des entités surpuissantes et inhumaines dans Bloodlust. Des mercenaires sans foi ni loi dans Shadowrun. Des investigateurs névrosés en quête d'illumination dans Kult. Des anti-paladins chaotiques-mauvais dans Donjons & Dragons...

 

Oubliez tout cela.

 

Le Mal (avec un M majuscule), le vrai mal, vous attend dans Dog Town !


 

dogtowncover.jpgPublié en anglais par l'éditeur indépendant  Cold Blooded Games, et diffusé gratuitement sur le net, Dog Town est un Jeu de Rôle méconnu.

 

Hardcore, violent, sans concessions, il pousse joueurs et MJ dans leurs derniers retranchements tout en bénéficiant d'une thématique Ô combien originale.


Le pitch ? Nous sommes à New York, dans les années 70. Le traffic de drogue est en train d'exploser. Les tensions raciales sont à leur comble. Les gangs de jeunes s'affrontent et s'entretuent pour des histoires de territoires, de fierté et de came. Les maffias sont toutes puissantes. La police se retrouve confrontée à une criminalité qui la dépasse...  Rues et immeubles forment une impénétrable jungle de béton, froide et inhumaine. Sans pitié.

Or, ces criminels qui mettent les rues à feu et à sang, défient la police, terrorisent les "honnêtes citoyens" et veulent se tailler un "territoire", eh bien c'est VOUS !

 

 

I. LE JEU DONT VOUS ETES LE MECHANT :


 

Dog Town vous propose en effet d'incarner des membres de la pègre new-yorkaise. Et contrairement à bien d'autres jeux contemporains, vous n'aurez pas d'alternatives moralement plus confortables. Votre personnage ne pourra pas être flic (même infiltré), agent du SWAT, détective privé ou journaliste. En revanche, il pourra être souteneur ("pimp"), braqueur ("heister"), dealer, receleur, racketteur... Tout un programme !

 

 

Pour ce qui est de l'atmosphère générale, Dog Town affiche des références clairement cinématographiques. Ces dernières imposent à elles seules le ton et l'ambiance du jeu : Serpico, Scarface, l'Impasse, les Affranchis, Taxi Driver, King of New York, le justicier dans la ville... Le jeu sera noir. Très noir. Et sans concessions. 

Dog Town se réfère également à des grandes sagas du jeu vidéo comme Grand Theft Auto  (une référence en la matière), voire Hitman.

A cette liste déjà respectable, l'amateur éclairé de polars et de comics pourra rajouter des séries telles que Max Punisher (mais sans le justicier), Scalped, 100 bullets ou encore Criminal.

 

 

WP2-800wi.jpg

 

 

II. UN JEU SANS PITIE :

 

Second coup de poing dans la gu… du lecteur : le jeu se veut 100% réaliste. C’est à dire qu’il n’y a pas une once de surnaturel. Pas de vampires. Pas de pouvoirs psychiques. Pas de succubes ni de golems dans les rues de la ville.

Dog Town rejette purement et simplement toute intervention du surnaturel. Ce n'est ni le World of Darkness ni Hellywood ni aucun autre jeu de ce genre. 


En clair, cela veut dire qu'il n'y a PAS de sorts de soins pour vous sauver la peau.

PAS d’artefacts technologiques pour masquer votre identité.

PAS de boucliers psychiques pour freiner les balles ou absorber le souffle d'une explosion. 

 Bref, il n'y a PAS d'échappatoires.

Il n'y a PAS d'aides providentielles pour vous tirer d'un mauvais pas et il me semble nécessaire d'insister sur ce point : Dog Town est un jeu de rôle vraiment Hardcore ! 

 

Face à la violence urbaine (celle qu'il provoque, celle qu'il sème mais aussi celle qu'il récolte), votre personnage sera totalement nu et devra subir toutes les conséquences, souvent néfastes, de ses actions. Un faux pas, un regard de travers, et ses jours seront comptés. Prend-il une balle dans le buffet ? Eh bien, avec beaucoup de chance, il tiendra le coup jusqu’à ce qu’un médecin véreux lui sauve la peau. Sinon… 

 

Mansperger_assassin_car-500wi.jpg

 

Autre conséquence de cette approche réaliste, il n'y a pas dans Dog Town la confortable distanciation qu'induit le surnaturel. Ce décalage rassurant vis-à-vis du réel qui permet de prendre du recul vis-à-vis du scénario. De se dire que "ce n'est qu'un jeu". 


 Ici, il n'y a PAS de vampires menant de noirs desseins et asservissant l'humanité. Il n'y a PAS de monstres inhumains poussant les hommes à s'entretuer, les influençant malgré eux pour qu'ils commettent de mauvaises actions. Il n'y a que des hommes et des femmes ordinaires, végétant dans un environnement sordide qui les pousse, parfois, aux pires extrémités. 


C'est une chose que d'exposer un vampire à la morsure du soleil pour le bruler vif. C'en est une autre, infiniment plus désagréable que d'asperger d'essence quelqu'un comme vous et moi, même si c'est un "ennemi", avant de le brûler vif. 

 

En ce sens, Dog Town ne conviendra pas à tous les rôlistes. Pour certains, même, l'expérience pourra être très désagréable. 

 

 

III. VARIANTES ET APPROCHES :


 

Faut-il pour autant jeter l'opprobe sur ce jeu ? Le vouer aux gémonies ? Le cataloguer dans la rubrique des raretés injouables au même titre qu'un Violence ou bien F.A.T.A.L ?

  

Eh bien non ! Et ce pour plusieurs raisons :

 

1. Tout d'abord, le jeu est modulable. Il existe trois niveaux de puissance qui influent sur la création des personnages : "punk", "gangster" et "anti-hero". Selon le niveau choisi, votre personnage pourra être une petite frappe craignant pour sa vie ou bien une armoire à glace capable d'affronter la piétaille par palettes entières.  

Rien ne vous interdit donc (avec l'accord du MJ) de booster vos personnages et d'orienter vos scénarios vers un style plus cinématographique. Plus "hollywoodien" (pensez à  Extrême Vengeance et aux films de Tarantino, John Woo et Oliver Stone). 

 

2. Ensuite, le choix temporel des années 70 permet un décalage intéressant, via une double approche.

Primo, une approche historique. Les années 70 sont marquées par la fin de la guerre du Viet-Nam, les mouvements des droits civiques, la marche de la fierté noire sur Washington, les émeutes du Watts, le scandale du Watergate, l'essoufflement du mouvement hippie (avec l'affaire Charles Manson notamment), l'apparition du disco puis du punk. Il y a là quantité d'événements à mettre en scène en toile de fond. Un MJ ambitieux pourrait même amener les PJ à rencontrer des personnalités célèbres de l'époque ou à participer à des événements historiques.

Secundo, une approche parodique mêlée d'humour noir est tout à fait possible. Les années 70 évoquent toutes sortes de clichés qui font sourire : hippies, musiques disco, soul, funk, pantalons patte d'éph' et cols pelle-à-tarte, coupes afro... Jouer avec tous ces clichés, les tordre à loisir peut apporter une légèreté bienvenue à vos parties. Là encore, on reverra avec profit l'intégrale des films de Tarentino, un maître en la matière. Plus quelques unes de ses sources : films de blacksploitation, séries B et Z, films Grindhouse, etc. 

 

3. Enfin, le jeu est ouvert. En fait, comme tout JDR, vous en faites ce que vous voulez ! Vos personnages seront-ils des jeunes loups aux dents longues sans scrupules ? Ou bien des hommes d'honneur, dépassés par les nouvelles méthodes de la pègre ? Ont-ils choisi de leur plein gré d'être des criminels ? Ou bien sont-ils victimes des circonstances ?


Avec un peu d'imagination, plusieurs pitch de départ peuvent apporter à votre future campagne un souffle lyrique et original. Quelques exemples :

dope-deal-500wi.jpg- les PJ sont des vétérans du Viet-Nam qui n'arrivent pas à se réinsérer dans la société (inspi : "génération sacrifiée" des frères Hugues).

- les PJ sont des loups solitaires qui doivent survivre aux feux croisés de flics corrompus et de maffieux sanguinaires (inspi : "Sin City", les BD et le film).

- les PJ sont devenus criminels pour se venger d'un parrain de la pègre. A terme, ils espèrent faire s'effondrer son empire.

- les PJ sont des trafiquants indépendants et la maffia leur tombe dessus pour récupérer leur business (inspi : "Savages", le prochain Oliver Stone).

- les PJ ne sont pas des vrais truands, ce sont des flics infiltrés. Leur rôle : infliter la pègre et en identifier les "têtes". Ils doivent faire attention à ne pas se faire prendre et à ne pas commettre des crimes qui les feraient basculer définitivement du mauvais côté (inspi : "Donnie Brasco"). 

- les PJ ne sont pas des vrais truands, ce sont des agents de la CIA. Leurs missions sont plus ambigues moralement que celles des policiers et plus variées aussi : favoriser le traffic de drogues vers des pays acquis au communisme, mettre en place des traffics d'armes, aider des mercenaires aux abois (leur créer des fausses identités, les cacher...).  

 

Si cette approche préliminaire du jeu vous convient, vous lirez avec intérêt les règles et conseils de Jérôme Larré sur son blog Tartofrez, mis en pratique dans ses jeux Tenga et Guts.

 


 

IV. IL ME FAUT DES MUNITIONS :

 

 

Dog Town, le livre de base, fait 295 pages. Maquetté et illustré de façon pro, il contient surtout des règles. Beaucoup de règles. Clairement simulationniste, le jeu envisage tous les aspects possibles du jeu : les combats bien entendu. A mains nues, à l’arme blanche, avec des armes à feu ou par destination (les chiens !). Mais aussi la réputation, l'influence, la gestion de rackets, la torture, les poursuites (à pied, en moto, en voiture), les négociations… La totale.

En plus de cela, la ville de Dog Town, peuplée de 400.000 âmes est plutôt bien décrite, avec un petit bémol pour les plans, pas très lisibles. 

Plusieurs suppléments accompagnent le livre de base. Tous gratuits eux aussi :

 

thug-500wiStripped (52 pages) présente une version simplifiée des règles. C'est en quelque sorte la version "light" de Dog Town. Idéal pour découvrir le jeu et se faire une idée. Les autres suppléments restent indispensables pour retrouver l'atmosphère du jeu et pour le background.

 

The felon's handbook (98 pages) décrit de nombreux crimes (traffics de cigarettes, d'alcool, vol de voitures, cambriolages) et détaille les profits, les risques possibles ainsi que les compétences nécessaires. L'argot des rues et les diverses drogues sont elle aussi abondamment décrites. Enfin, plusieurs gangs sont présentés et un rapide topo sur la Police figure en fin d'ouvrage. Autant d'alliés/ennemis en puissance ! 


Stray Bullets (65 pages) présente de nouvelles classes de perso, compétences, et spécialités. Mais détaille aussi les armes à feu et les vols de voiture. Plus de nouveaux termes d'argot, des PNJ, de nouveaux lieux à vissiter/braquer/incendier/extorquer... 


20 Punks (63 pages) : présente 20 PJ ou PNJ (à votre convenance) avec leurs stats complètes et un portrait en pleine page. Ambiance !


Grenson Park (33 pages) décrit le quartier afro-américain du même nom. La très bonen idée, c'est que chaque lieu important est décrit avec les précisions supplémentaires suivantes :

1. l'ambiance de l'endroit,

2. les truands qui le fréquentent,

3. et les crimes qui peuvent s'y produire (quand ? A quelle heure ? Pourquoi).


Pennington (71 pages) présente le quartier du même nom, où résident en grande majorité les communautés juives et italiennes de Dog TownLa présentation est la même que pour Grenson Park.


Enfin, Easy Money (22 pages) et the missing mafioso (47 pages) sont deux scénarios complets. 


Comme vous pouvez le constater, Dog Town est un jeu de rôle archi-complet. Le moins que l'on puisse dire est que ses auteurs sont de véritables passionnés du genre et qu'ils y ont mis toute leur énergie.

 

Même si vous n'y jouez pas, la gamme présente suffisamment d'éléments intéressants pouvant alimenter votre propre jeu de rôle contemporain, de Delta Green à B.I.A. en passant par le World of Darkness et d'autres jeux encore.

 

N'hésitez pas à aller le télécharger tant qu'il est gratuit, foncez sur le site de Cold Blooded games et sur rapidejdr.com. 

 

Bonne lecture et (qui sait ?)...

 

BONS JEUX A VOUS !

 

 

coke-girl-500wi.jpg

 

 

POUR EN SAVOIR D'AVANTAGE :

 

Le GROG a consacré une fiche très complète  au jeu.

 

Une critique très bien faite vous attend (en anglais) sur the Free RPG Blog.

 

Enfin, visitez le site de l'éditeur : http://coldbloodedgames.typepad.com/

Commenter cet article

DeathAmbre 06/01/2014 11:48

Merci beaucoup pour m'avoir fait découvrir ce jeu exceptionnel. Le théâtre de jeu est riche et très bien documenté, les éléments de définition des personnages sont très immersifs.
Je trouve les règles imbuvables et le "split system" atroce mais heureusement, avec un peu d'astuce et d'ajustements de valeurs, il est facilement convertible en un bon vieux "d20 roll under" des familles sans défigurer le jeu ni perdre la richesse des attributs, attributs dérivés, talents, défauts, vices et compétences.

olivier rousselin 06/01/2014 22:22

Waouh ! Je suis ravi que le jeu t'ait plu. "Dog Town" est un jeu trop méconnu et je reste épaté par la densité de son background. Il y a là de quoi faire, y compris avec un autre système de jeu (Fate, Savage Worlds, D20 modern, etc.). Merci pour ton retour, je vous souhaite, à toi et à tes joueurs, d'excellentes parties !

;)