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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 17:35



Probablement l'une des oeuvres les plus poignantes parues ces dernières années, "La route" de Cormac Mac Carthy est un roman d'une force incroyable. Un chef-d'oeuvre de la littérature américaine, récompensé en 2007 par le prix Pulitzer et en passe d'être adapté au cinéma. Une expérience de lecture inconfortable, viscérale, une oeuvre forte... 

... Sans le moindre doute, ce roman est aussi LE chef-d'oeuvre définitif qu'attendait un genre trop souvent caricaturé :
l'anticipation post-apocalyptique. Ce genre, Cormac Mac Carthy prend ses distances avec pour mieux le réinventer. Le transcender.


"Il sortit dans la lumière grise et s'arrêta et il vit l'espace d'un bref instant l'absolue vérité du monde. Le froid tournoyant sans répit autour de la terre intestat. L'implacable obscurité. Les chiens aveugles du soleil dans leur course. L'accablant vide noir de l'univers. Et quelque part deux animaux traqués tremblant comme des renards dans leur refuge. Du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer"


"La route" ? C'est l'histoire poignante d'un père et de son fils, seuls rescapés d'une guerre nucléaire, errant dans un monde dévasté, recouvert de cendres, fuyant l'hiver et le froid de plus en plus lancinants. Suivant, à pied, une route menant vers le sud.

Odyssée hallucinée, le livre décrit une terre recouverte de cendres, stérile, morte. L'obscurité voile chaque jour d'avantage la lumière du soleil. Les températures chutent. La faim, la fatigue sont oppressantes. La vie est devenue un cauchemar que les deux fugitifs affrontent avec la peur au ventre.

Car les rares êtres humains que croisent l'homme et son fils sont retournés à la barbarie la plus complète. Loin de pouvoir leur venir en aide, ces derniers, n'ayant plus rien à manger, s'adonnent au cannibalisme pour pouvoir survivre.


"
Assis en face d'elle de l'autre côté de la flamme de la lampe il lui avait dit : on est des survivants.
Des survivants ? Dit-elle.
Oui.
Pour l'amour de Dieu, qu'est-ce que tu racontes ? On n'est pas des survivants. On est des mort-vivants dans un film d'horreur (...) Tôt ou tard, ils nous attraperont et ils nous tueront. Ils me violeront. Ils le violeront. Ils vont nous violer et nous tuer et nous manger et tu ne veux pas regarder la vérité en face
.
"

 

Autant vous mettre en garde, la lecture du livre est difficile à plus d'un titre.

Stylistiquement, Cormac Mac Carthy a choisi de dépouiller son récit à l'extrême. Les phrases sont courtes, sèches. Les ponctuations rares. Parfois, sujets ou verbes disparaissent, comme pour mieux nous faire ressentir la lente érosion du langage (cet héritage de la civilisation anéantie), devenu secondaire par rapport à l'impératif de survie. Pas de chapitrage ou d'intertitres non plus. Seulement de courts paragraphes qui s'enchaînent les uns aux autres, sans interruption, tel un journal de bord tenu au jour le jour, dans un état second, hagard. Sans dates également, car elles ne veulent plus rien dire dans ce monde mort.
 
Narrativement, le récit est d'une violence rare. Terrible. La cruauté des rapports humains y est accablante. Certaines scènes distillent une horreur pure, qui secouent le lecteur. Pourtant, l'humanité est encore là, ténue, fragile, dans le regard écarquillé de cet enfant, que l'homme chérit comme un trésor.

A chaque page, à chaque paragraphe, l'issue est incertaine. Le désespoir menace de tout engloutir. Malgré tout, l'homme continue, obstiné. Incapable d'abandonner. Emportant son fils avec lui dans une fuite harassante.




En conclusion, "La route'" est un grand livre, sans compromis. S'il semble s'adresser en priorité aux fans d'univers post-apocalyptiques, d'anticipation sombre et de science-fiction radicale,  son discours humaniste, la sensibilité de son auteur, le destinent à un plus large public. Par ailleurs, ce récit sera bientôt porté à l'écran, avec le grand Viggo Mortensen dans le rôle titre.


C'est en définitive une lecture vivement recommandée pour tous les amoureux d'Imaginaire, de fantastique et de littérature tout simplement. 


A tous :


bonne lecture... Et bon courage !





Post-scriptum :

Indéniablement, le livre est aussi une lecture incontournable, obligatoire dirais-je, pour tout MJ de JDR post-apocalyptique (quelques noms : Aftermath, Bitume, Cendres, Vermine, Morrow Project, etc.). Ils y trouveront matière à inspiration et à réflexion pour leurs futures parties.

Olivier

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commentaires

childeric+maximus 28/04/2009 13:11

Je viens de le commander.
Il rejoindra ma pile de livres "à lire".
Bravo pour l'article, tu as atteint ton objectif : donner envie de découvrir cette oeuvre.
Si je réussis l'exploit de le lire dans moins de 6 mis je reviendrai faire un petit commentaire.

olivier rousselin 28/04/2009 14:15



Chouette ! Tu ne regretteras pas ton achat. C'est un livre formidable. Personnellement, je l'ai lu en moins d'une semaine. Mon conseil, c'est de te bloquer un week-end pour le lire d'une traite,
presque sans interruptions. Ta lecture n'en seras que plus prenante, plus intense.

Quant à moi, je compte bien le relire une deuxième, voire une troisième fois, avant la sortie  cinéma du long-métrage avec Viggo Mortensen, qui promet d'être mon-stru-eux (le film, pas
Viggo) !



stephane 16/04/2009 09:14

Alors si cela concerne, un viole collectif avec en plus après un bon repas ... Ce livre me plais déja en plus il respecte la chaine du froid, que demander de plus a par un petit coup de schnaps pour fair passer cela.

olivier rousselin 16/04/2009 22:20


Tsss...   Trêve de plaisanteries d'un goût douteux, "la route" est vraiment un très beau livre,
très dur, très cru, certes, mais aussi très émouvant et d'une indéniable humanité. Bref, je ne peux qu'en recommander chaleureusement la lecture. 

Après tout, voilà un roman qui ne parle que de vivre. Envers et contre tout. 


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